Cohésion sans éthique ? Réponse par les faits...
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Peut-il y avoir cohésion d'équipe sans éthique ?

La réponse par les faits…

 

Le 22 avril, dans une publication intitulée ‘Peut-il y avoir cohésion d’équipe sans éthique ?’, je posais les questions suivantes à propos de l’équipe de France de football :

« Quelles valeurs véhicule ce groupe, censé être la vitrine du football français ?

Ces valeurs sont-elles susceptibles de susciter l'adhésion de la nation que l'équipe est censée représenter ?

Les joueurs eux-mêmes peuvent-ils trouver dans ces  valeurs un moteur de performance qui va leur permettre de se sublimer sur le terrain ?

Quelle est la part de responsabilité des instances dirigeantes, par leur action ou leur inaction, dans la situation actuelle ? »

Et je concluais en ces termes :

« Mais laissons à ceux qui ont le pouvoir de décision (le sélectionneur, la fédération, pourquoi pas les joueurs eux-mêmes s'ils s'en emparent) le soin d'apporter des réponses à ces questions. »

Force est de constater, au lendemain de l’élimination de l’équipe de France du Mondial Sud-Africain dans les conditions désastreuses que l’on sait, que tout le groupe France a apporté une réponse on ne peut plus claire à mes questions.

Et que, hélas, j’étais trop optimiste en pensant que les responsables ou, plus généralement, les principaux intéressés,  y répondraient en temps et en heure, c'est-à-dire avant la compétition.

Les joueurs n’ont pas encore tout dit, ils nous promettent des révélations qui pourraient au moins partiellement les réhabiliter mais comment espérer encore quoi que ce soit de leur part sur le plan de l’éthique ?

Certes ils ont pris le pouvoir pendant au moins quelques heures mais pour quoi en faire ? D’abord, pour défendre leur ‘bout de gras’, la parcelle de pouvoir qu’ils s’octroient, en s’indignant de ne pas avoir été davantage impliqués dans la décision d’exclusion d’Anelka. Ensuite, pour défendre l’indéfendable, jugeant que ce n’était pas Anelka qui posait problème, cautionnant ainsi qu’un joueur profère des insultes ayant pour cible son entraineur. Ensuite, pour s’en prendre à un principe sacré en démocratie, la liberté de la presse, puisque, selon eux, c’est la révélation par l’Equipe des injures d’Anelka qui est le réel problème, qui suscite leur indignation outrée. Enfin, pour menacer publiquement le « traitre », le ‘coupable’ de non respect de  la seule règle que ce groupe semble revendiquer, celle de la loi du silence, autrement appelée ‘omerta’ qui semble le terme le plus approprié puisqu’il se définit par ‘loi du silence sur les faits illégaux, en vigueur dans les milieux mafieux’…

Alors, même si le pire n’est jamais certain, il est difficile d’attendre grand-chose des révélations que nous promettent les joueurs.

En écrivant cela je ne cherche pas à les accabler ni à en faire les seuls ou les principaux responsables. Ceux dont c’est la fonction trancheront sur les responsabilités de chacun.

Pour ma part, je voudrais essayer d’élargir et d’élever le débat.

La dérive du football français ne date pas d’aujourd’hui et elle a déjà frappé ou guette d’autres sports dits professionnels ou de haut niveau, dont l’histoire est souvent la même dans notre pays.

Nos représentants sont en général au départ des ‘perdants magnifiques’, on les admire pour leur panache, leur état d’esprit, l’ambition esthétique qui les anime. On déplore l’injustice qui les prive de titres.

Puis on finit par se lasser de ce rôle toujours moins valorisant de ‘perdants magnifiques’ à mesure que des enjeux financiers croissants imposent une culture du résultat. On ne veut plus seulement participer même brillamment. On veut gagner.

En conservant le socle historique du panache, de la qualité de jeu, de l’esprit d’équipe et en y adjoignant l’exigence de performance individuelle et collective propre au plus haut niveau de compétition, on finit par atteindre ce résultat, on arrive au sommet. On gagne le titre suprême.

C’est alors que ça se gâte. Une fois au sommet, tout le monde, joueurs, dirigeants, entraineurs, média, public, prend la grosse tête (un mal typiquement virulent chez nous français d’après le reste du monde). Le résultat, qui jusque là, n’était que la conséquence juste d’un investissement, d’une éthique, d’une vision du jeu, de valeurs fortes, devient le principal objectif. Puis le seul objectif. Puis la justification de toutes les dérives. Et comme, en toute logique, le résultat n’est plus là, c’est l’espoir d’un éventuel futur résultat qui devient la seule justification de toutes les dérives et même, paradoxe ultime, de l’absence totale de résultat ! Jusqu’au ridicule et à l’explosion.

Pourtant, ce scenario catastrophe n’est pas une fatalité. Dans une autre publication datée du 5 mai et  intitulée ‘Guy Novès, manager idéal inné ?’,  je soulignais un certain nombre de bonnes pratiques que révélait l’interview accordé par M. Novès au Midi Olympique, parmi lesquelles :

-          l’exigence d’excellence sur l’engagement et sur les performances de chacun passant par une remise en cause permanente : « Je me dois de réveiller les joueurs, de les surprendre. Ils me voient débouler où il ils s’y attendent le moins. Il faut les empêcher de s’endormir sur leurs lauriers, les empêcher de penser que ce qu’ils font est suffisant… Et cette situation les fait gamberger. C’est positif parce que ça entraîne chez eux une introspection. »

 

-         exigence sur l’engagement et les performances mais pas d’exigence démesurée  qui ne porterait que sur les seuls résultats en faisant abstraction des contraintes liées à l’environnement, en particulier à la concurrence : « L’objectif c’est d’aller le plus loin possible dans toutes les compétitions. Il y a une différence avec le fait d’affirmer que tu veux être champion : moi, je pars du principe que l’adversaire peut me battre. »

 

Comme par hasard, le Stade Toulousain de Guy Novès, malgré l’accumulation de titres, n’a pas connu, pour l’instant, le scenario catastrophe que connait aujourd’hui l’équipe de France de football.

 

 

Pour conclure, revenons au monde de l’entreprise et du management des organisations.

 

A la lumière de ce qui précède, quelques questions que tout manager devrait se poser :

 

-         en dehors du seul résultat, quels sont les objectifs que je fixe à mon équipe ? à chacun de mes collaborateurs individuellement ?

 

-         ai-je clairement défini un code éthique permettant d'éviter des dérives comportementales individuelles qui pourraient avoir un impact désastreux aussi bien sur l’ image externe que sur l'ambiance en interne ?

 

-         ai-je clairement défini des valeurs communes susceptibles de provoquer l'adhésion de chacun et de renforcer la cohésion d'équipe pour favoriser une performance optimale ?

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