
| Guy Novès manager idéal inné ? |
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| © 2012 |
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Guy Novès manager idéal inné ?
Connaissez-vous l’histoire du manager dans une montgolfière ?
Un homme, dans la nacelle d’une montgolfière ne sait plus où il se trouve. Il descend et aperçoit une femme au sol. Il descend encore plus bas et l’interpelle : « Excusez-moi ! Pouvez-vous m’aider ? J’avais promis à un ami de le rencontrer et j’ai déjà une heure de retard car je ne sais plus où je me trouve. » La femme au sol répond : « Vous êtes dans la nacelle d’un ballon à air chaud à environ 10 m du sol. Vous vous trouvez exactement à 49° 28’ 11’’ Nord et 8° 25’ 58’’ Est ». « Vous devez être ingénieur » dit l’aérostier. « Je le suis », répond la femme, « comment avez-vous deviné ? » « Eh bien », dit l’aérostier, « tout ce que vous m’avez dit à l’air techniquement parfaitement correct, mais je n’ai pas la moindre idée de ce que je peux faire de vos informations et en fait je ne sais toujours pas où je me trouve. Pour parler ouvertement, vous ne m’avez été d’aucune aide. Pire, vous avez encore retardé mon voyage. » La femme lui répond : « Vous devez être un chef. » « Oui, » répond l’homme avec fierté, « mais comment avez-vous deviné ? » « Eh bien », dit la femme, « vous ne savez ni où vous êtes, ni où vous allez. Vous avez atteint votre position actuelle en chauffant et en brassant une énorme quantité d’air. Vous avez fait une promesse sans avoir la moindre idée de comment vous pourriez la tenir et vous comptez maintenant sur les gens situés en dessous de vous pour qu’ils résolvent votre problème. Votre situation avant et après notre rencontre n’a pas changé, mais comme par hasard, c’est moi maintenant qui à vos yeux en suis responsable ! »
Guy Novès, le contre-exemple
Dans son interview publiée dans le MIDI OLYMPIQUE en date du 3 mai 2010, Guy Novès exprime exactement le contraire : « Je ne me suis jamais senti responsable d’une grande victoire. En tout cas, jamais plus que les autres. Par contre, je me suis senti responsable de défaites. » Voilà déjà un bon point de départ tout à fait en accord avec le message général que je fais passer depuis des années auprès des managers que je forme ou que je coache. Le reste de l’interview révèle également un certain nombre de bonnes pratiques : - l’individualisation du management : « Une équipe est composée d’individus tous différents. Ils ne peuvent pas réagir de la même manière à mon discours. Il faut que je rentre dans la tête de chacun d’entre eux pour arriver à tirer le meilleur de chacun d’entre eux. » - ce qui nous amène à un deuxième point, l’exigence d’excellence sur l’engagement et sur les performances de chacun passant par une remise en cause permanente : « Je me dois de réveiller les joueurs, de les surprendre. Ils me voient débouler où il ils s’y attendent le moins. Il faut les empêcher de s’endormir sur leurs lauriers, les empêcher de penser que ce qu’ils font est suffisant… Et cette situation les fait gamberger. C’est positif parce que ça entraîne chez eux une introspection. » - exigence sur l’engagement et les performances mais pas d’exigence démesurée qui ne porterait que sur les seuls résultats en faisant abstraction des contraintes liées à l’environnement, en particulier à la concurrence : « L’objectif c’est d’aller le plus loin possible dans toutes les compétitions. Il y a une différence avec le fait d’affirmer que tu veux être champion : moi, je pars du principe que l’adversaire peut me battre. » - ce qui nous amène à un autre point, à un positionnement mental de véritable compétiteur qui connaît ses propres forces mais ne sous-estime pas pour autant l’autre (l’adversaire) et le respecte : L’adversaire, « je le respecte. Je respecte ses compétences. Et en faisant cela, je me mets aussi en condition pour le battre, je me donne les moyens de rivaliser. » - la délégation, « Aujourd’hui, je travaille avec quatre préparateurs physiques et dans mon rôle technique, je suis aussi accompagné d’entraîneurs. Mon rôle c’est aussi de tirer le meilleur de Yannick Bru et Philippe Rougé-Thomas, les accompagner, les manager en leur laissant la latitude qu’ils méritent. » - l’esprit d’équipe, « Un seul homme ne peut pas permettre à un groupe aussi riche d’avoir des résultats… Il faut additionner tellement de choses pour arriver à ce que l’équipe soit prête à se donner les moyens de gagner. Si en amont, tout le travail n’est pas fait, ce que je dis ne sert à rien. » - la sincérité, « Un discours, il faut l’avoir dans la peau, dans le sang. Si tu ne ressens pas ce que tu dis, tu ne peux pas y mettre d’honnêteté. »
J’arrête là cette liste non-exhaustive des bonnes pratiques de management que révèle l’interview de Guy Novès pour en venir à un point qui me semble plus contestable et qui justifie le titre de cette publication. Guy Novès, à propos des discours collectifs d’avant match, affirme qu’ils ne sont pas préparés : « Je ne prépare jamais mon discours ». Pour le coup, cette affirmation va complètement à l’encontre de ce que je conseille généralement : le résultat de toute action, et plus particulièrement d’une communication adressée à un groupe, dépend à 80% de la qualité de la préparation !
Alors suis-je dans l’erreur en insistant sur la prépondérance de la préparation ou bien Guy Novès serait-il un manager idéal inné qui n’aurait pas besoin de se préparer et pourrait se contenter d’improviser sans réflexion préalable ?
Ni l’un ni l’autre évidement.
Car cette affirmation de Guy Novès sur sa non-préparation est à rapprocher de son discours sur la sincérité. Ce qu’il semble vouloir dire, c’est qu’il ne fait pas du « par cœur » et qu’il ne prépare pas un discours formaté longtemps à l’avance qui resterait immuable quoi qu’il se passe entretemps. Il y a par contre fort à parier que, même s’il ne couche aucun mot sur une feuille de papier, les idées fortes de son futur discours tournent sans cesse dans la tête de ce passionné, corrigeant continuellement par petites touches son contenu en fonction de ce qu’il voit, de ce qu’il entend, de ce qu’il ressent au sein de son groupe. Et c’est ainsi qu’à l’heure H, il trouve ‘naturellement’ les mots justes et que son message, qui semble improvisé (et l’est effectivement en partie) a les accents de la sincérité et porte sur son groupe.
Et là, bien sûr, nous sommes d’accord : pour qu’une prise de parole en public soit efficace, l’idéal est d’avoir clairement en tête un fil conducteur sans pour autant connaître par cœur un texte répété à l’infini. Et, il est également exact qu’un discours provoquera d’autant plus l’adhésion de l’auditoire que l’orateur croit sincèrement à ce qu’il dit.
Alors certes, Guy Novès est un manager exceptionnel avec, sans aucun doute, de fortes prédispositions (il n’y a qu’a voir ses résultats, son palmarès, sa longévité) mais comme les autres, souvent moins doués, il s’appuie aussi sur une préparation sans faille. Même si, comme tous les managers d’excellence, il laisse aussi une place à l’adaptation, au ressenti, à l’improvisation.
Au fait, allez le Stade !
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